L'iJBA est la seule école à enregistrer cette année un double succès aux Tremplins Radio France 2012 : Julien Baldacchino est 1er du Tremplin Web et remporte un CDD d'un an à Radio France. Bastien Deceuninck est 2e du Tremplin Radio et remporte un CDD de six mois à Radio France. Toutes nos félicitations à ces deux étudiants remarquables.
L'iJBA a déjà remporté le Tremplin Radio France il y a 2 ans grâce au succès de Gabriel Pereira.
Errant dans les bibliothèques, fouillant dans les greniers, les auteurs de bandes dessinées entreprennent aujourd’hui des recherches colossales pour être au plus près de la réalité de la Grande guerre. L’histoire, semblent penser les dessinateurs, est un sujet trop sérieux pour être laissé aux historiens. Reste que toutes ces petites vignettes façonnent désormais notre imaginaire. Au risque d’une réalité biaisée.
« L’exaltation de la confrontation, l’odeur de terre retournée et de poudre, l’imminence de l’ennemi… Peindre la guerre va être passionnant : elle est si jolie ! » lance le général Morancet à Vincent Van Gogh dans l’album La ligne de Front. Le dessinateur et scénariste Manu Larcenet, peu soucieux de l’anachronisme – Van Gogh est mort en 1890, transporte le peintre aux tournesols dans les tranchées. De leurs salons boisés, les ronds de cuir parisiens le chargent d’aller croquer les combats. Ils veulent voir et « sentir l’odeur du sang » pour mieux comprendre la guerre. L’univers de la BD a suivi cet exemple : les auteurs sont de plus en plus nombreux à dessiner la Grande guerre.
Mais la BD est une aventure solitaire voire cathartique. Prenons deux auteurs. Le dessinateur Jacques Tardi, par exemple, se lance sur les traces de son grand-père le poilu. Jean-Pierre Gibrat, lui, réécrit sa jeunesse. Il dessine un personnage, Matteo, tous deux sont fils de révolutionnaires, tout deux partent se battre pour l’admiration d'une femme. Ce regard partial fait forcément de la BD le véhicule d’un message, voire même, d’une idéologie.
L’instrument de la propagande de l’Etat
Cette nature prosélyte, la BD la traîne depuis sa naissance. Au début du XXe siècle, cette littérature n’est rien d’autre qu’un instrument de la propagande de l’État. Les « illustrés » sont vendus dans les kiosques. Ils sont le seul moyen pour le citoyen non-mobilisé de se représenter le front. André Simon est l’organisateur du Festival de la BD de Gradignan en Aquitaine. L’origine de la BD, il peut en parler : chez lui, les albums se comptent par milliers. Se définissant comme « archiviste », il possède de véritables antiquités.
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La rigueur de Tardi
14-18 devient donc pour longtemps un thème évité par la bande dessinée. Il faudra attendre 1974 avec Adieu Brindavoine de Jacques Tardi pour qu’un nouveau regard se pose sur la Der des der. En 1993, il réitère et signe une œuvre majeure, C’était la guerre des tranchées. Loin de la propagande du début du siècle, Tardi n’en défend pas moins un message fort : 14-18 n’est rien d’autre qu’une boucherie inutile. Il cite Anatole France, « On croit mourir pour la patrie et on meurt pour des industriels ». Par la force de son dessin, en 126 pages, il nous a convaincu.
L’auteur se plonge dans l’étude des tranchées avec une rigueur toute scientifique. Si bien qu’il s’oblige à préciser, dans l’introduction à son ouvrage, que « C’était la Guerre des tranchées n’est pas un travail d’historien ». L’historien dans l’affaire, c’est son ami Jean-Pierre Verney avec qui « chaque image de cet album a nécessité une ou plusieurs longues conversations téléphoniques » explique encore l’auteur. Désormais « dessiner la Grande guerre, c’est marcher sur les plates bandes de Tardi » disent parfois les autres dessinateurs.
Luc Révillon est historien, auteur de 14-18 dans la BD. Il pointe les tensions qui existent entre l’histoire et les dessins de Jacques Tardi. Selon lui, malgré sa rigueur, « la démarche de Tardi est plus idéologique qu’historique ».
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Un éventail inépuisable de situations romanesques
D’autres dessinateurs prendront la suite de cette démarche militante. Mais 14-18 offre un éventail inépuisable de situations dessinées. Si Tardi s’attaque de front à la condition poilue, la guerre est pour d’autres un prétexte à des sagas romanesques. Un exemple parmi d’autres : Jean-Pierre Gibrat. Son Matteo, c’est la petite histoire dans la grande. Jean-Pierre Gibrat dessine les tranchées avec de la pastel. Même en plein jour, on ne reconnaît pas le soleil. Dans cette ambiance mélancolique, Matteo part au front pour impressionner Juliette. « Sa reconquête passait toujours par celle de l’Alsace et la Lorraine ».
Jean-Pierre Gibrat va chercher ses sources dans les films, dans les romans, dans les documentaires. Son travail de création est intimement lié à ses recherches historiques.
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Dans la bande dessinée, la Première guerre est « à la mode », avait dit un jour Tardi. Et cette littérature est de plus en plus populaire. Elle occupe désormais une place prépondérante dans la construction de notre imaginaire. Au détriment, parfois, de la vérité historique. Pour Luc Révillon, la BD n’est qu’un « reflet de son époque ».
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Cette rivalité entre histoire et bande dessinée ne fait que commencer. Historiens et dessinateurs reconnaissent bien volontiers que leurs travaux sont forcément orientés Probablement a-t-on besoin d’idéologie pour évoquer 9 millions de morts sans en perdre son humanité.
Adieu Brindavoine, Jacques Tardi, Casterman, 1974, Paris. Une aventure rocambolesque de Vincent Van Gogh. La ligne de front, Manu Larcenet, Dargaud, Collection Poisson pilote, 2004, Paris. C’était la guerre des tranchées, Jacques Tardi, Casterman, 1993, Paris. Matteo, Jean-Pierre Gibrat, Futuropolis, 2008, Paris.